Toujours curieuse des appellations régionales, j’ai profité d’une semaine de randonnée en Béarn pour emmener les copains au Clos Lapeyre découvrir le Jurançon, un vin injustement oublié du côté de Bordeaux où le roi Sauternes éclipse tous les autres liquoreux.
Je n’ai pas regretté le détour. Le Jurançon mérite de rentrer dans la cave d’un amateur de bons vins s’il va chercher du côté des meilleurs, des viticulteurs engagés qui travaillent le bio, le parcellaire et les vieilles vignes avec passion.
Visite du clos Lapeyre à Jurançon
En consultant le guide de la Revue du Vin de France, j’ai choisi le Clos Lapeyre, le domaine de la famille Larrieu certifié bio en 2005. La propriété se découvre au bout d’une petite route sinueuse et vallonée aux paysages bucoliques de vignes et de prairies.

Nous y avons passés deux heures entre vigne et cave en compagnie de Géraud qui a beaucoup à raconter et a su nous emporter dans son monde de blancs aromatiques et fruités. Nous avons commencé par un tour dans les vignes qui bénéficient d’une exposition unique en haut de coteaux avec une vue à 180° sur les Pyrénées. Géraud nous a parlé de son terroir, du sol riche en galets et graviers, du climat bien balancé entre fraîcheur montagnarde et douceur océanique et de la conduite de la vigne.

À l’issue nous sommes passés par le chais de fermentation et le chais à Barriques avant de se faire plaisir avec une belle dégustation qui a balayé les huit cuvées du domaine, j’ai craqué pour deux vins à la belle structure et à la juste acidité.

Balaguera : un Jurançon racé, 100% Petit Manseng, au nez de miel et fruits confits, à la bouche opulente mais sans excès de sucre.
Mantoulan : un Jurançon sec à majorité de Petit Manseng, élevé en foudre pour un boisé léger.

Clos Lapeyre
257 chemin Couday
64110 Jurançon
05 59 21 50 80
Domaine familial de18 ha conduits en bio. Levures indigènes. Élevage en cuve inox pour la cuvée de base et en foudre autrichien ou en barrique pour les plus complexes. Peu de souffre, seulement à la mise en bouteille.
Et pour ceux qui veulent en savoir plus sur le Jurançon, c’est ici :
L’appellation Jurançon
Elle existe depuis 1975 se partage entre deux types de vin le Jurançon un blanc moelleux et liquoreux et le Jurançon sec. Les vins sont élaborés à partir de cépages locaux tardifs et exigeants : Gros-manseng, Courbu, Petit-Manseng, Camaralet et Lauzet avec une limite de 15% des deux derniers pour le Jurançon.
Le climat spécifique du piémont Pyrénéen
Situé entre Oléron Sainte Marie et Pau, le Jurançon bénéficie d’un terroir unique placé sous la double influence des Pyrénées et de l’océan Atlantique. Dans un paysage encore marqué par la polyculture, la vigne occupe le sommet des coteaux où elle bénéficie d’un bel ensoleillement et de vents marins qui viennent tempérer les rigueurs de l’hiver (le maïs est installé en fond de reliefs, là où l’humidité est maximale). Fait remarquable, le gel ne sévit pas dans les hauteurs, ce qui en temps de réchauffement climatique et de débourrage précoce est tout à fait appréciable. Les contraintes sont surtout géographiques avec des sols très pentus qui impliquent une exploitation de la vigne en terrasse et parfois même en amphithéâtre.
Côté sous-sol, le vignoble est installé sur des argilo-calcaires et des argilo-silicieux avec une forte proportion de galets roulés portés par les torrents et les glaciers.
Les vins de Jurançon
Le vin moelleux est issu du Petit Manseng en vendanges tardives de mi-octobre à fin novembre. Sous l’effet du vent chaud venu d’Espagne (vents Balaguèr) et du soleil, les raisins perdent une partie de leur eau, les jus se concentrent et le taux de sucre augmente. On parle de passerillage. Les meilleures années, le vigneron va même encourager le phénomène de déshydratation en laissant les raisins en cagette au soleil après récolte pour encore plus de réduction des baies.
Vinification : la fermentation est stoppée par refroidissement une fois le taux de sucre résiduel souhaité atteint. Le vigneron cherche l’équilibre entre l’alcool, la vivacité et le sucre.
Le Jurançon sec est produit classiquement avec une vendange en septembre octobre. Dans ce vin, le Gros Manseng est majoritaire
Ce qu’il faut en retenir
De notre visite au Clos Lapeyre, je retiendrai qu’il faut toujours aller à la rencontre de ceux qui font le vin. Depuis une vingtaine d’années, les viticulteurs ont fait un gros travail à la vigne et en cave pour faire des vins propres et sans trucage. Dans les appellations, dites petites, la nouvelle génération cherche, expérimente et réussit à nous faire aimer des vins de passion.




